Entrée en vigueur ce 19 juin, la nouvelle loi modernise les règles d’ouverture des commerces et entreprises artisanales pour la première fois depuis 1995. Plages élargies en semaine, harmonisation des dérogations, ouverture exceptionnelle 24h… Tour d’horizon pratique pour les dirigeants concernés.
Une réforme attendue depuis 30 ans
Le 19 juin 2026 marque la fin d’une longue parenthèse juridique. Le 18 décembre 2025, la Chambre des députés a adopté le projet de loi n° 8472, qui réforme le régime des heures d’ouverture des commerces et des entreprises artisanales au Luxembourg. Cette loi constitue une réponse à la jurisprudence de la Cour constitutionnelle du 17 mars 2017 en matière de respect des principes de l’État de droit en termes d’égalité de traitement. Elle vise par ailleurs à rétablir la cohérence normative en mettant fin à une situation où les dérogations étaient devenues la règle plutôt que l’exception. Gouvernement Luxembourgeois
Le constat avait été dressé sans détour par le ministre de l’Économie, Lex Delles : la précédente loi datait du 19 juin 1995. Un boulanger devait respecter les horaires d’ouverture dans une loi vieille de 30 ans… mais une station-service pouvait vendre des viennoiseries à des horaires différents. Un capharnaüm saupoudré d’exceptions et de cas particuliers qui devrait être beaucoup plus clair à partir de juin prochain. Omnitrust
Pour les dirigeants de commerces et d’entreprises artisanales, c’est désormais l’application qui compte. Voici les nouvelles règles.
Les nouveaux horaires de référence
La loi fixe trois plages standards :
| Période | Plage autorisée |
|---|---|
| Lundi à vendredi | 5h00 – 21h00 |
| Samedis, dimanches, jours fériés et veilles de jours fériés | 5h00 – 19h00 |
| 22 juin (Fête Nationale), 24 décembre, 31 décembre | 5h00 – 18h00 |
Cette loi fixe les plages horaires autorisées comme suit : du lundi au vendredi, les commerces pourront ouvrir de 5 heures à 21 heures ; les samedis, dimanches, jours fériés et veilles de jours fériés, de 5 heures à 19 heures ; le 22 juin, le 24 décembre et le 31 décembre, de 5 heures à 18 heures. Gouvernement Luxembourgeois
À retenir : la fin du lundi-samedi à 20h et dimanche à 13h que beaucoup connaissaient. Le cadre s’élargit en semaine et harmonise les week-ends.
Les trois jours où tout reste fermé… avec une exception majeure
Les jours fériés du 1er janvier, 1er mai et 25 décembre restent soumis à une interdiction d’ouverture, à l’exception des boucheries, boulangeries, pâtisseries, traiteurs et salons de consommation qui peuvent ouvrir de 5 heures à 19 heures. Omnitrust
Cette exception est importante : elle ne s’applique pas aux supermarchés, aux commerces de détail généralistes, ni aux stations-services. Elle vise spécifiquement les métiers de bouche en lien avec ces journées particulières.
Les flexibilités prévues par la loi
La loi introduit deux mécanismes de souplesse à connaître absolument.
1. Deux ouvertures exceptionnelles de 24 heures par an
La loi introduit également une mesure permettant à chaque établissement de rester ouvert deux jours par an pendant 24 heures consécutives. Ces journées devront être notifiées au moins une semaine à l’avance. Omnitrust
Utile pour des événements particuliers : Black Friday, soldes d’été, fête de quartier, opérations promotionnelles. Le préavis d’une semaine doit être respecté — l’improvisation n’est pas permise.
2. Ouvertures hors plages via accord collectif
En dehors des plages définies, toute ouverture supplémentaire devra faire l’objet d’un accord collectif entre employeurs et représentants des salariés, sauf pour les deux ouvertures exceptionnelles prévues par la loi. Omnitrust
Concrètement : si un commerce veut ouvrir au-delà de 21h en semaine, ou avant 5h, il devra passer par un accord collectif négocié avec les représentants du personnel. Cela suppose, dans la pratique, soit l’existence d’une délégation du personnel, soit une convention collective sectorielle, soit un accord interprofessionnel.
Couplage avec la nouvelle règle du travail dominical
Une autre réforme passée en parallèle est entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2026 : à partir du 1er janvier 2026, la durée maximale de travail autorisée le dimanche passe de 4 à 8 heures. Cette durée de 8 heures constitue une limite absolue, qui ne peut pas être dépassée. Paperjam News
La majoration salariale pour l’ensemble des heures prestées le dimanche, soit 70 %, est maintenue. Les modalités d’application varient selon la taille de l’entreprise : jusqu’à 30 salariés, les entreprises peuvent faire travailler leurs employés jusqu’à 8 heures le dimanche, sans condition particulière. Paperjam News
Combinées, ces deux réformes (horaires d’ouverture + durée maximale du travail dominical) donnent aux commerces une capacité réelle d’ouverture dominicale jusqu’à 19h, avec un personnel pouvant travailler jusqu’à 8h dans la journée — moyennant la majoration salariale de 70 %.
Le cas particulier des stations-services
Toutes les structures n’y trouvent pas leur compte. La réforme des horaires d’ouverture des magasins aura des conséquences sur les stations-services. Alors que le texte, qui doit entrer en vigueur le 19 juin, vise à étendre les plages horaires, l’effet pourrait être inverse pour les pompes et leurs magasins adjacents. De nombreuses stations-services proposent actuellement des horaires plus étendus pour le carburant et les boutiques, avec des fermetures à 22h, voire 23h. Les professionnels précisent que le cadre théorique ne s’appliquera pas de manière identique partout. La loi prévoit en effet la possibilité de dérogations. Chaque site pourra, dans une certaine mesure, proposer des horaires plus larges. Larcier-Intersentia
Bon à savoir : les sites équipés d’automates de paiement resteront ouverts 24h/24. La vente automatisée de carburant n’est pas affectée par la réforme. Larcier-Intersentia
Comment réagissent les commerçants ?
Pas de précipitation chez les grandes enseignes. « À ce stade, il est encore prématuré pour nous de communiquer des décisions fermes ou des orientations stratégiques précises concernant d’éventuels ajustements d’horaires », indique Auchan Luxembourg. Même son de cloche chez Lidl, dont les magasins conservent leurs horaires d’ouverture classiques. Bookkeeper
Côté petits commerces, certains testent : le responsable d’un magasin de chaussures dans la capitale prévoit à ce titre d’ouvrir plus tard que 19h en semaine, en guise de test. « Nous allons voir si cela fait augmenter la fréquentation dans la boutique et nous ferons le bilan au bout de trois ou six mois », explique le gérant. Bookkeeper
L’enjeu, comme l’a souligné Tom Baumert de la Confédération luxembourgeoise du commerce, est de « s’adapter au mieux » à leur clientèle. Pas d’obligation d’élargir — la loi donne la possibilité, pas l’injonction. Bookkeeper
Ce que les dirigeants doivent faire concrètement
Pour les responsables de commerces et d’entreprises artisanales, plusieurs chantiers à engager :
- Vérifier les conditions d’ouverture : s’aligner sur les nouvelles plages dès le 19 juin (les anciennes contraintes ne s’appliquent plus)
- Décider d’une stratégie horaire : étendre, maintenir, ou cibler certains jours/périodes spécifiques. La décision peut être progressive — Auchan et Lidl observent, vous pouvez tester
- Anticiper les ressources humaines : un élargissement des horaires implique une réorganisation des équipes, des plannings, et potentiellement de nouveaux recrutements
- Préparer les deux jours d’ouverture exceptionnelle de 24h : identifier les opportunités commerciales (Black Friday, fêtes locales) et planifier le préavis d’une semaine
- Si extension hors plages prévue : engager le dialogue avec les représentants du personnel pour formaliser un accord collectif
- Communiquer aux clients : les nouveaux horaires doivent être affichés (vitrine, site web, Google My Business…)
En conclusion
La loi du 19 juin 2026 n’oblige personne à ouvrir plus longtemps. Elle autorise une plus grande flexibilité, met fin à des décennies de dérogations complexes, et rétablit l’égalité de traitement entre commerçants. À chaque dirigeant de décider de la stratégie horaire la plus adaptée à sa clientèle et à son organisation interne.
Pour les commerces qui choisissent d’élargir leurs horaires, l’enjeu RH est réel : adaptation des plannings, négociation avec le personnel, accord collectif pour ouvertures hors plages, gestion du travail dominical désormais autorisé sur 8h. Ces évolutions méritent une réflexion structurée avant la première extension.
Chez GRIFILT, nous accompagnons les commerces, artisans et points de vente au Luxembourg dans la définition de leur stratégie d’horaires, la mise en conformité de leurs accords avec le personnel et l’anticipation des impacts RH des nouvelles règles. Contactez-nous pour un point sur votre situation.
Cet article a une vocation informative générale et ne constitue pas un conseil juridique individualisé.
